DrĂŽle dâambition que celle du ministre de lâĂ©ducation Ădouard Geffray. Il avait prĂ©dit une baisse du taux de rĂ©ussite au bac, lâavait souhaitĂ©e pour rehausser le niveau de lâexamen, et avait rĂ©clamĂ© par voie de presse des consignes plus strictes, censĂ©es disqualifier les candidat·es aux prises avec lâexpression française.
Mais Ă la rĂ©ception des premiĂšres notes la semaine passĂ©e, il nâa pas cachĂ© sa dĂ©ception. Avec un taux de rĂ©ussite de 91,4 % â soit 0,4 % de moins que lâannĂ©e derniĂšre tout de mĂȘme â, les bacheliers et bacheliĂšres nâont pas Ă©tĂ© aussi mauvais·es quâescomptĂ©.
Alors, Ă lâoccasion dâune rĂ©union organisĂ©e Ă la hĂąte jeudi 16 juillet, le ministre a rĂ©affirmĂ© ses exigences concernant la qualitĂ© rĂ©dactionnelle des copies, face Ă une assemblĂ©e dâ« IA-IPR » (inspecteurs et inspectrices dâacadĂ©mie, inspecteurs pĂ©dagogiques rĂ©gionaux), pour partie mĂ©dusĂ©e. « Il nous a dit que câĂ©tait une conviction ontologique. Ăa lâanime profondĂ©ment. Mais dĂ©sormais, il a conscience quâil faudra un peu plus de temps », confie lâun dâeux au sortir de la rĂ©union. « En termes opĂ©rationnels, il est un peu redescendu, et nous a dit quâil allait mandater lâinspection gĂ©nĂ©rale pour retravailler les barĂšmes⊠Câest une façon de reconnaĂźtre quâil a fait une erreur de timing », estime-t-il.
Sâil ne sâest pas excusĂ©, le ton employĂ© Ă©tait un peu plus diplomate que celui qui a rythmĂ©, la semaine derniĂšre, les administrations. Au lendemain des premiers rĂ©sultats du bac, le ministre aurait en effet piquĂ© « une colĂšre noire ». Dâabord auprĂšs des recteurs et des rectrices convoqué·es Ă la va-vite. Ensuite auprĂšs des inspecteurs gĂ©nĂ©raux. Ce jeudi 16 juillet, câest aussi ce Ă quoi sâattendaient les quelque 1 400 IA-IPR chargé·es dâaiguiller la correction avant les examens.
« Proposition de comptoir »
Car depuis quinze jours, ils ont Ă©tĂ© directement mis en cause par « un certain nombre dâarticles qui ont montrĂ© que [ces consignes] avaient plus ou moins imprĂ©gnĂ© les esprits », a indiquĂ© le ministre au micro de RMC le jeudi 9 juillet. MĂȘme rengaine auprĂšs de La Montagne, oĂč il a empruntĂ© un ton plus menaçant.
« Sâil apparaĂźt quâil y a eu une forme de discours Ă©dulcorant, en contradiction avec les orientations que jâai fixĂ©es, on en tirera toutes les consĂ©quences », a-t-il suggĂ©rĂ©, en rĂ©fĂ©rence Ă un article du Figaro qui avait pointĂ© les rĂ©ticences des inspecteurs et inspectrices, par lâentremise du tĂ©moignage du prĂ©sident du Syndicat national des lycĂ©es et collĂšges (Snalc, syndicat enseignant de droite) et dâextraits de rĂ©unions acadĂ©miques. « Tout part de là », confirme un inspecteur, qui se dit lassĂ© de voir son corps de mĂ©tier « sans cesse jetĂ© en pĂąture ».
Mais de toute Ă©vidence, le ministre sâest pris les pieds dans le tapis. « Câest Ă©tonnant pour un ex-Dgesco [directeur gĂ©nĂ©ral de lâenseignement scolaire â ndlr]. Il a cru quâil suffisait dâune dĂ©claration Ă la presse pour que tout le monde se mette Ă faire ce quâil dit. Ce nâest pas comme ça que les choses se passent. Ces Ă©preuves sont prĂ©parĂ©es depuis prĂšs dâun an, les sujets ont fait lâobjet de barĂšmes. On ne change pas les rĂšgles au milieu de la partie », argue Ăric Nicollet, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du SUI-FSU, qui pointe aussi une mĂ©thode inĂ©dite : « Habituellement, lâanalyse de la session, on la fait Ă la fin du mois dâaoĂ»t. »
« Ceux qui pilotent de loin nâont pas connaissance de ce qui se joue vraiment sur le terrain. Ils nâont pas lâhabitude de corriger. Seulement de diriger, et de verticaliser », soupire un autre inspecteur en lettres, exaspĂ©rĂ© par la dĂ©connexion des diffĂ©rents ministres qui se sont succĂ©dĂ© aux manettes.
« Dans les mĂ©dias de droite, la question de la qualitĂ© rĂ©dactionnelle a vite Ă©tĂ© rĂ©duite, pour des raisons de marqueur idĂ©ologique, Ă la seule question de lâorthographe, poursuit-il. En rĂ©alitĂ©, câest aussi un marqueur social chez les Ă©lĂšves⊠Mais ça, Ă©videmment, le ministre nâen parle pas. »
ContactĂ©, le ministĂšre nâa pas non plus rĂ©pondu Ă nos questions. Il a tout juste qualifiĂ© cette rĂ©union de « rĂ©flexion collective », « qui visait entre autres Ă prĂ©senter la tonalitĂ© de la prochaine annĂ©e scolaire ».
AprĂšs avoir jugĂ© les corrections trop clĂ©mentes, le ministre Ădouard Geffray a recadrĂ© les inspecteurs et inspectrices Ă lâoccasion dâune rĂ©union en visioconfĂ©rence jeudi 16 juillet. « On nâa jamais vu ça », souffle un des fonctionnaires conviĂ©s, aprĂšs une semaine de tensions.
« Câest du jamais-vu, et c'est assez dĂ©rangeant, abonde son homologue Philippe Janvier, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Snia-Unsa. Cette consigne provient de sa prĂ©dĂ©cesseure Ălisabeth Borne, qui lâa rĂ©digĂ©e dans un bulletin officiel dâaoĂ»t 2025. Elle prĂ©cise que lâinspection gĂ©nĂ©rale est chargĂ©e de la retranscrire dans les barĂšmes nationaux de notation, utilisĂ©s pour Ă©viter les disparitĂ©s. Ce qui nâa pas Ă©tĂ© fait⊠Donc ce qui sâest passĂ© nâest pas du ressort des IA-IPR. »
Sâils dĂ©noncent un coup de pression Ă peine voilĂ©, les inspecteurs et inspectrices estiment que « le ministre a dĂ©clenchĂ© une tempĂȘte dans un verre dâeau ». « Il a tellement fanfaronnĂ© quâil sâest senti trahi », analyse encore lâun dâeux.
Sur le fond, ils et elles sâavouent tout aussi sceptiques, malgrĂ© lâinsistance dâĂdouard Geffray ce jeudi. « Cette histoire, câest une proposition de comptoir. Elle flatte une partie de lâĂ©lectorat qui dit souvent quâon donne le bac Ă tout le monde, et que câest un diplĂŽme qui ne vaut plus rien. Ăa jette lâopprobre sur les correcteurs, les corps dâinspection et plus gĂ©nĂ©ralement sur les professeurs, en laissant supposer une forme de laxisme. Je ne dis pas quâil nây a pas de problĂšme de maĂźtrise de la langue, mais câest dâabord un problĂšme de formation », ajoute Ăric Nicollet (SUI-FSU), qui y voit un rĂ©flexe « populiste ».
« Ce qu'il nous demande, câest une Ă©vidence. Quand on ne comprend pas une copie, donc quand elle nâest pas rĂ©digĂ©e âde maniĂšre intelligibleâ, comme il le dit, lâĂ©lĂšve nâa pas la moyenne. Mais ceux qui pilotent de loin nâont pas connaissance de ce qui se joue vraiment sur le terrain. Ils nâont pas lâhabitude de corriger. Seulement de diriger, et de verticaliser », soupire un autre inspecteur en lettres, exaspĂ©rĂ© par la dĂ©connexion des diffĂ©rents ministres qui se sont succĂ©dĂ© aux manettes.
« Dans les mĂ©dias de droite, la question de la qualitĂ© rĂ©dactionnelle a vite Ă©tĂ© rĂ©duite, pour des raisons de marqueur idĂ©ologique, Ă la seule question de lâorthographe, poursuit-il. En rĂ©alitĂ©, câest aussi un marqueur social chez les Ă©lĂšves⊠Mais ça, Ă©videmment, le ministre nâen parle pas. »
ContactĂ©, le ministĂšre nâa pas non plus rĂ©pondu Ă nos questions. Il a tout juste qualifiĂ© cette rĂ©union de « rĂ©flexion collective », « qui visait entre autres Ă prĂ©senter la tonalitĂ© de la prochaine annĂ©e scolaire ».