Ce texte est né d'une discussion avec Claude (l'IA d'Anthropic), suite à un visionnage de Captive State. Je partage ici la synthèse, parce que je pense que l'angle mérite d'être discuté.
Le trope de l'invasion extraterrestre motivée par le pillage de nos ressources (Independence Day, une bonne partie de la SF de la Guerre froide, Captive State plus récemment) ne résiste pas à un calcul de physique de base.
Le calcul
E=mc² nous donne le coût énergétique d'un déplacement relativiste. Accélérer un vaisseau à seulement 10 % de la vitesse de la lumière coûte environ 4,5×10¹⁴ joules par kilogramme. Extraire et raffiner un kilogramme de fer sur Terre coûte environ 2,5×10⁷ joules. L'écart : environ dix millions de fois.
Et ce coût ne dépend même pas de la distance parcourue — une fois la vitesse de croisière atteinte, le trajet coûte la même énergie par kg qu'il s'agisse de 4 années-lumière ou de 400. Rapprocher la cible ne rend jamais l'opération plus rentable.
Ajoutez à ça que n'importe quel système stellaire regorge d'astéroïdes et de comètes en orbite libre, contenant les mêmes métaux et volatils, sans gravité à vaincre, sans atmosphère hostile, sans population armée. Descendre dans un puits gravitationnel habité pour extraire du fer, alors que la même ressource flotte librement sur le trajet, n'a aucun sens économique.
Ce n'est pas qu'une intuition perso : Seth Shostak (astronome senior au SETI) défend la même position — toute ressource terrestre se trouve ailleurs, plus accessible, et le contact se ferait probablement par robots plutôt qu'en personne. Le champ de recherche sur le minage d'astéroïdes confirme aussi que miner des objets proches en orbite libre est plus efficace énergétiquement que d'aller sur un corps massif comme la Lune — a fortiori la Terre.
Le vrai sujet : pourquoi on continue à raconter ça
Le colonialisme terrestre extrait là où le rapport de force politique et militaire le permet, pas là où c'est le plus efficace matériellement. C'est une logique géopolitique, pas thermodynamique. Ce logiciel mental s'est projeté quasi automatiquement sur notre imaginaire des civilisations extraterrestres — on n'arrive pas à concevoir une puissance avancée qui ne serait pas, au fond, un empire colonial avec de meilleurs vaisseaux.
Il y a même une contradiction interne au trope : plus une civilisation est technologiquement capable de nous atteindre, moins elle aurait de raison rationnelle de le faire pour ce motif. Une civilisation qui gaspille son énergie sur des trajets aussi peu rentables se serait probablement effondrée avant même d'atteindre le stade du vol interstellaire.
Ce n'est d'ailleurs pas nouveau dans le genre : La Guerre des Mondes de Wells (1898), le texte fondateur, était déjà pensé comme une inversion critique de l'impérialisme britannique — montrer aux Anglais ce que ressentent les peuples colonisés. Le lien invasion/colonialisme est ancien. Ce qui l'est moins, c'est de relier ça explicitement au calcul physique : le biais colonial dans notre imaginaire est précisément ce qui nous empêche de voir que le scénario ne tient pas la route.
Bref — si contact il y a un jour, ce ne sera probablement pas pour nos gisements de fer.
Petite mention amusante au passage : Le Guide du voyageur galactique propose peut-être le mobile le plus honnête de toute la SF — la Terre y est démolie non pas pour ses ressources, mais pour construire une bretelle hyperspatiale, dans une pure logique de bureaucratie administrative. Aucun calcul économique à défendre, juste de l'indifférence bureaucratique à notre égard. Ironiquement, en évacuant totalement le mobile extractif, Douglas Adams a peut-être visé plus juste que toute la SF "sérieuse".
Curieux d'avoir vos retours, notamment si vous connaissez des œuvres qui évitent ce trope ou qui l'exploitent consciemment pour d'autres motifs (stratégique, biologique, etc.).